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Les bleus de l’âme publié aux éditions Héritage jeunesse


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Critique Lurelu

11 juin 2025
Par Catherine Chiasson, librairie Le Renard perché (Montréal)
La collection « Unik » propose depuis quelques années des œuvres poétiques aussi percutantes que nécessaires. Elle offre une voix novatrice à des enjeux que vivent malheureusement trop de jeunes. En dynamisant graphiquement les mots, elle rythme ces voix pour en faire ressentir toute la puissance. Le récit de Sophie Kurler s’y intègre ainsi parfaitement de manière à la fois douce et douloureuse. Abordant la relation toxique et l’agression sexuelle, l’autrice parvient avec intelligence à transcender littérairement la violente culpabilité qu’elle s’inflige en rejetant consciemment l’utilisation du « tu » qui l’empêche d’avancer pour le « je » empathique et empli d’espoir qui lui permettra de panser les bleus de son âme. Dès 12 ans.
18 août 2025
Incontournable Novembre 2024 — Les romans Unik forment une famille atypique dans la littérature jeunesse, un mélange entre vers libres et fiction. Les Unik sont caractérisées par des phrases courtes dont la forme et la police changent pour former toute sorte d'effets visuels liés à ce qui est écrit. Je donne par exemple les phrases rédigées avec les symboles chimiques des éléments du tableau périodique ou encore cette page où les mots tombent dans une crevasse en plein milieu de la page. Cette créativité éclatée est unique en son genre, sans jeu de mots, et traite donc de manière concise, mais percutante un sujet sensible.
Ici, il sera question d'une survivante ayant subi une agression sexuelle majeure. Une adolescente rencontre un jeune homme pour une formation. Rapidement, ils se sentent complices, ont des moments agréables et finissent même par se fréquenter. Puis, le ton change. Ce même jeune homme doux qui se montre sous son meilleur jour se fait alors plus tranchant. Il demande si elle apprécie ses moments avec lui, si elle a aimé se sentir belle, se sentir valorisée, si elle « mesure sa chance de l'avoir LUI ». Un soir, alors qu'elle lui rend visite chez lui, il se montre insistant, ignore ses tentatives pour le repousser et son désir sexuel est plus puissant que tout. La jeune femme se sent dès lors salie, honteuse et coupable. Elle tente de cacher les bleus qui semblent ne jamais vouloir s'effacer sur son âme, jusqu'au jour où une personne lui dira « Je peux t'aider ».
Les agressions sexuelles détruisent des vies, que ce soit celle de jeunes, d'adultes, de femmes ou d'hommes, le fait est que survivre à une agression est une épreuve constante, qui peut souvent s'alourdir par la culpabilité d'être devenu.e une victime. C'est tout de même un sacré paradoxe que bien souvent les victimes se sentent fautives alors même que les agresseurs ne ressentent pas le moindre remords face à leurs actions. Il faut alors aux victimes le courage de les dénoncer et de refuser de rester victime, ce qui est loin d'être facile comme processus. Et le plus difficile est que c'est invisible. Si on a rapidement de la compassion pour ce qui se voit, comme une blessure physique, la compassion pour les blessures invisibles requiert une empathie particulière. C'est d'ailleurs pour favoriser cette empathie et prévenir les abus qu'il importe d'en parler. Surtout à l'heure où la banalisation, voire la glorification des violences sexuelles dans les fictions, autant sur les personnages féminins que masculins, tend à minimiser les impacts et les conséquences réelles sur les personnes qui le vivent dans la vraie vie. La violence sexuelle n'est pas sexy et elle n'est pas banale. Il importe plus que jamais, je pense, de parler de ce sujet, encore trop souvent mal compris et gardé sous silence, tant ce qu'il implique est terrible.
J'éprouve pour cette autrice qui a eu le courage d'en parler ici, dans ce petit livre bleu destiné à la jeunesse adolescente, un grand respect. Comme il n'a pas dû être simple de mettre des mots sur quelque chose d'aussi abject qu'un viol. Comme ce ne doit pas être simple de mettre en avant des bleus aussi souffrants. Pourtant, en le faisant, comme toutes les femmes et les hommes ayant vécu des sévices sexuels, elle permet que nous en parlions, que nous nous en indignions et que nous souhaitions plus de vigilance, plus de compassion également, pour ces survivant.e.s.
Cette histoire s'ouvre à la fin sur l'espoir, puisque notre adolescente n'est plus seule. Des personnes l'ont crue et l'accompagnent désormais dans son processus de guérison, qui signifie également se réapproprier sa vie. Nos douleurs, nos bleus, nos blessures nous accompagnent, mais ne nous définissent pas. En revanche, nos actions et nos mots nous définissent. Nous n'avons pas le pouvoir que cessent complètement les actes de violence sexuelle, mais nous avons le choix de ne jamais les accepter et d'être les alliés des gens qui en sont victimes. Et nous avons aussi le pouvoir que le tabou ne soit plus du côté des victimes, comme il l'a longtemps été et l'est encore trop souvent.
29 décembre 2025
Sous mon masque, personne ne devine les bleus de mon âme. Ce vide immense qui exclut tout bonheur. Cette trace indélébile sur mon corps. » Je suis à tous les coups frappée par la collection UNIK chez Héritage Jeunesse. Ici, on y aborde l’éducation à la sexualité et le consentement avec une conception graphique qui, encore et toujours, appuie le texte de façon symbolique et travaillée à la perfection.
L’autrice Sophie Kurler signe son premier roman et le fait avec brio. De tous les livres de la collection qui me sont passés sous la main, elle réussit à écrire celui qui m’a été le plus difficile à lire. « Les bleus de l’âme », c’est comme l’amour porcelaine de l'autrice-compositrice-interprète Léa Jarry : ça déchire, ça coupe, ça blesse, ça heurte, ça force le changement de mœurs et la discussion.
C’est un autre ouvrage poétique UNIK à se procurer, à dévorer et à collectionner !